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Zigor sort de son silence

Publié le 30/05/2016 à 07h00, dans Biarritz/Miarritze | par Jérôme Zapata
Le fameux sculpteur/photographe Kepa Akixo alias Zigor, sort un superbe ouvrage de photographies intitulé Silences aux éditions Kilika.
Zigor sort de son silenceZigor, fier de présenter son livre de photos. © Jérôme Zapata

Zigor est connu essentiellement pour ses sculptures en bois massif qui dégagent une force brutale. S’agissant de lui, certains évoquent « un sculpteur mythologique façonnant un matériau mythologique » tant il est vrai que les essences privilégiées par l’artiste, comme le chêne ou le hêtre, sont révérées dans la culture traditionnelle basque.

Connu, Zigor l’est en revanche un peu moins pour ses qualités de photographe, une activité qu’il a pourtant exercée avant même de donner son premier coup de bédane. Une sélection rigoureuse de ses clichés parait ces jours-ci sous la forme d’un ouvrage intitulé Silences, comme une invitation à la contemplation.

« Le silence est toujours la langue » (extrait du livre silences)

L’homme a commencé comme poète en langue basque. On retrouve d’ailleurs quelques strophes dans l’ouvrage, ayant pour thème le secret, le silence ou cet « hommage que la parole rend à l’esprit ». En 1972, Zigor devient reporter-photographe et parcourt le monde tout en prenant quantité de clichés. « Je travaille alors comme tout reporter qui part couvrir les conflits armés mais déjà, et même si mon emploi ne me le permet pas trop, je développe un goût pour l’esthétique, une sensibilité ».

L’artiste reconnait déjà vouloir faire sentir que l’instant capturé a une esthétique qui se produit, éclate. Celle-ci va changer obligatoirement, mais aussi et paradoxalement s’inscrire dans la durée : « Ce que j’appelle l’instant pour toujours, que l’on ne retrouve pas uniquement dans la photographie. Je suis de ceux qui croient que tous les instants sont pour toujours, et non pas éphémères. Ils sont comme des briques, constitutives d’un temps qui dure. »

« Quand on voit mes sculptures, on sait que je suis basque »

Nombreux sont les sujets que l’on découvre en feuilletant le livre : portraits, paysages, animaux. Le projet a mûri, longuement, patiemment dans l’esprit de l’artiste qui jusqu’alors n’avait pas eu le temps de véritablement s’y consacrer. « Quand j’ai démarré la sculpture en 1983, je mets la photographie de côté une bonne quinzaine d’années. » Il y a environ cinq ans, celle-ci se rappelle à lui. L’évolution des techniques étant ce qu’elle est, le numérique a depuis fait son apparition et Zigor trouve en lui la possibilité « de voir vite où l’on en est ». « Le numérique donne une perception de la lumière quasi instantanée. » Bien que ne retouchant pas ou peu ses clichés, Zigor sait les multiples possibilités offertes par cet outil. Malgré cela, il considère que de la complexité peut surgir la simplicité et ajoute qu’« il est possible avec un appareil de très grande qualité de se retrouver avec quelque chose qui ressemble à de l’argentique. »

Sur la question du noir et blanc exclusif, Zigor a cette réponse : « les couleurs en photographie ont certes des avantages mais un gros inconvénient, elles distraient l’œil. Tenez, regardez ce cliché d’une statue du Christ. On peut ressentir le silence qui l’entoure, lire la bienveillance dans son regard. Avec des couleurs, vous ne verriez que le sang rouge vif sous la couronne d’épine. »

En feuilletant le livre, on peut penser au travail d’un Salgado, chantre du noir et blanc en photographie, mais à bien y regarder on retrouve chez Zigor quelque chose de plus brut, de plus instinctif. « Je souhaite qu’à travers mes photos l’on puisse percevoir, sentir le frémissement de ce moment précis où l’on fait une photo. Cet instant est très spécial, très solitaire. Très silencieux. »

Zigor aime à dire que lorsque l’on regarde une de ses sculptures, on sait qu’il est basque. Cela vaut aussi pour ses photos, incontestablement.

 

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