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Semaine JPS

Publié le 31/07/2014 à 11h12, dans Chroniques | par jean-Philippe Ségot
C'est la semaine de Jean-Philippe Ségot.
Semaine JPSPhilippe Salquain. © Afid Berrag

Jeudi 24

Les fauteuils rouges

Ce 25 juillet, il y a exactement un an que Philippe Salquain nous a quittés.

Les anniversaires font partie de la vie, même quand ils célèbrent des disparitions. Les hommes ont besoin de repères dans leur existence, comme la nature a besoin des saisons.

Il y a donc un an déjà, que Philippe très affaibli, mais doté d’un courage qui forçait l’admiration, signait dans ces pages sa toute dernière chronique.

Jusqu’au dernier jour il a non seulement lutté, mais espéré.

Espéré la guérison ? Je ne sais pas...

Mais espéré en la vie, et – je le crois – en une « rencontre » d’après...

Sa chère et douce amie, celle qu’il considérait un peu comme son ange, Sœur Rolande de la communauté des Sœurs de Notre-Dame-du-Refuge, qui parle toujours de lui avec bonheur et des mots si justes, l’a guidé de son sourire et a su, mieux que nous, comprendre ses blessures et ses espérances dans les derniers temps de sa vie terrestre.

La mort n’est pas une fin. « Elle est », simplement...

Un anniversaire, un premier anniversaire d’une disparition, ne doit pas forcément être triste. Il doit nous rappeler l’être aimé, faire remonter en nous bien des souvenirs, et nous parler d’avenir.

Parfois lors de nos escapades, au temps d’une jeunesse évaporée comme une fragrance précieuse, nous parlions de ce qui arriverait si l’un de nous quittait, brusquement, la scène...

Je me souviens que Philippe, quelque peu hilare, me disait : « Si tu pars avant moi, alors j’organiserai le culte ! On n’aura pas fini de te lire et de te relire ! »

Et cela me faisait rire... et je lui disais : « Oh oui, tu en serais bien capable ! »

La vie, belle comme une chienne, en a décidé autrement. C’est Philippe qui a fait ses adieux le premier. Dans les derniers temps, dans les si dures dernières semaines, j’ai essayé de savoir ce qu’il souhaiterait que je fasse pour qu’il poursuive, même après la mort, son chemin parmi nous. Il n’était pas question que je lui pose directement cette question, ni même indirectement d’ailleurs.

J’avais à respecter cette pudeur face à la mort qui le rendait encore plus élégant que d’habitude. Alors, j’ai écouté. J’ai écouté avec encore plus d’attention que jamais. J’ai essayé de capter l’essence même de ce qu’il voulait que l’on garde de lui...

Et j’ai compris qu’il aimerait que cette passion qu’il a mise dans l’écriture continue à vivre s’il devait poser pour toujours sa plume.

Exactement une semaine avant de mourir, il est venu s’assoir face à moi dans un fauteuil rouge, souriant et je le crois vraiment apaisé. Et nous avons parlé de peinture, d’écriture, d’amitié et de jardins. Le lendemain il entrait à la Polyclinique et je crois que ce mercredi soir, il avait décidé de me faire ses adieux ainsi, avec ce panache héroïque qu’il a mis dans bien des choses de sa vie.

Souvent, assis dans l’autre fauteuil rouge, je pense à lui. Mais je ne veux pas m’apitoyer, ni sur moi, ni sur lui. Car je me dis que dans ces fauteuils, où nous aimions nous assoir face à face, nous faisions des projets que nous réalisions toujours. Alors, il me faut continuer à en faire encore, désormais en compagnie de son fantôme. Et c’est bien...

J’ai donc voulu que deux ouvrages de Philippe, publiés il y a une bonne dizaine d’années, aux éditions Atlantica, « Autrefois Bayonne » et « Autrefois Biarritz », épuisés et donc introuvables, ressortent dans les librairies, car j’ai su que cela ferait très plaisir à Philippe. J’ai donc été voir Jean Le Gal, le nouvel homme d’Atlantica, éditeur passionné, pour le lui demander. Lui qui ne connaissait pas Philippe, mais aime les livres, m’a dit immédiatement oui et m’a donné la liberté de suivre la réédition de ces deux ouvrages aux côtés de l’inoxydable Sylvie Poupart. Et comme par magie, ces livres sont de nouveau là !

J’ai aussi souhaité que figure une belle photo de Philippe dans les premières pages de cette réédition, et il n’a pas fallu beaucoup me pousser, pour que j’écrive les quelques lignes suivantes qui éclaireront le nouveau lecteur qui se demandera qui pouvait bien être cet auteur d’autrefois... :

« En mémoire de Philippe Salquain

La réédition des ouvrages de Philippe Salquain, qui ont tous été de grands succès de vente, est une belle chose pour la conservation de notre patrimoine local.

Philippe, disparu à l’âge de 51 ans, était un passionné ! Depuis l’enfance, il n’a eut de cesse que de s’intéresser à l’histoire, au patrimoine, à l’univers des antiquités. Avec Philippe, comme l’a écrit Charles Aznavour : “Nous avons main dans la main, surmonté les coups du destin et résolu bien des problèmes”. Hélas l’aventure s’est arrêtée là…

Après une carrière brillante dans l’hôtellerie, Philippe a fait le choix de s’adonner à ses passions et a consacré tout son temps et son énergie à la recherche et à l’écriture.

Ainsi sont nés ces ouvrages consacrés à Bayonne, Anglet et Biarritz, chez Atlantica, dans une collection que j’ai eu le plaisir de créer et de diriger.

Philippe a aussi tenu pendant des années une chronique populaire et très originale dans l’hebdomadaire La Semaine du Pays basque, où se mêlaient ses récits de chine et sa passion pour la brocante et l’antiquité. Sa plume, son style, son érudition avaient fait de très nombreux adeptes et il était devenu une autorité respectée jusque dans l’univers pourtant très fermé des commissaires-priseurs et des experts.

Et puis j’ai eu le bonheur de créer et de diriger avec lui les revues de l’histoire, du patrimoine et de l’architecture, Atalaya et L’Echauguette, dans lesquelles ses travaux sur la vie sous l’Occupation à Bayonne sont réellement remarquables.

Le temps efface presque tout. Mais celui qui a écrit demeure à travers ses ouvrages. C’est pourquoi il était si précieux pour moi que son travail continue à vivre. »

Puis j’ai demandé aux maires de Bayonne et d’Anglet, Jean-René Etchegaray (son ami, que Philippe appréciait tant) et Claude Olive (dont il me disait : « C’est un type bien qui ira loin ») d’écrire chacun la préface de ces livres. Mission dans laquelle ils ont mis toute leur amitié et toute leur sensibilité. Qu’ils en soient ici chaleureusement remerciés.

Ces ouvrages sont désormais en vente dans les librairies. Comme au bon vieux temps où il parurent pour le première fois ! Oui, un peu comme si la machine à remonter le temps existait réellement.

En travaillant à cette réédition, j’ai aussi compris pourquoi ces livres ont rencontré tant de succès lors de leur sortie. Philippe avait su avec un style si agréable et enthousiaste, brosser un très long portrait – s’appuyant sur des dizaines et des dizaines de documents photographiques inédits – d’un Bayonne et d’un Anglet d’autrefois dans lesquels il fait encore si bon se promener et qui nous incite au temps délectable du rêve...

Que ceux qui ont aimé ou connu Philippe, que ceux qui aimèrent ces chroniques dans La Semaine, se procurent ces livres. Qu’ils les lisent, qu’ils en parlent, qu’ils les offrent autour d’eux !

Ainsi la vie continuera, plus forte que la mort. C’est bien là, la magie des livres... C’est bien là la volonté de Philippe.

Hier soir, sur la petite table qui sépare nos deux fauteuils rouges, j’ai posé ces deux livres, tout frais imprimés et rutilants du vernis de leur couverture. Et face à moi, j’ai vu un fantôme me sourire.

Un fantôme heureux, forcément, ça vous rend aussi heureux...

Mots clés : Anniversaire
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