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Patrimoine - Viollet-le-Duc : une carrière taillée dans le roc

Publié le 05/03/2015 à 07h00, dans Patrimoine | par Anne de La Cerda
Patrimoine - Viollet-le-Duc : une carrière taillée dans le rocViollet-Le-Duc. © Nadac-Col MAP

 

ccasion du bicentenaire de la naissance de Viollet-le-Duc, la Cité de l’architecture à Paris a organisé une exposition en la mémoire du célèbre architecte. Un événement phare qui dévoile les aspects les plus méconnus de ce personnage énigmatique à multiples facettes : théoricien, pédagogue, restaurateur, sculpteur, décorateur, géologue... Et politicien !

Passionné de nature et de montagne, il parcourait les paysages dentelés qu’il disséquait ensuite dans ses cahiers de croquis. En 1832, lors de ses 18 ans, cette indomptable personnalité avait noté dans son Journal : « Je crois qu’il est dans ma destinée de tailler mon chemin dans le roc ; car je ne pourrais suivre celui pratiqué par les autres ».

Un an plus tard, en quête de l’idéale beauté et avant d’escalader les Pyrénées en ce début d’été, Viollet-le-Duc s’était rendu au Pays Basque en compagnie de son ami étudiant Emile Millet. Charmé par l’environnement qu’il parcourait, il ne cessa de croquer avec rigueur et réalisme les paysages à la végétation généreuse et luxuriante, constellés d’architectures blanches. Dans les lettres qu’il écrivit à son père cette année-là, le jeune parisien décrivait le monde des Basques d’antan : « Près d’Itxassou, seule la femme de l’aubergiste comprenait le français ». Et d’ajouter : « La cuisine basque était poivrée à emporter la bouche » !

« Il y avait dans l‘hospitalité des Basques une dignité naturelle ». A une centaine de mètres du village, le jeune géologue découvrait le Pas de Roland, « une montagne de schiste creusée par la Nive ». Puis, en allant à Bidarray, les deux jeunes compères avaient rencontré un contrebandier. Ce dernier, les voyant marcher à pied, avait pensé qu’ils pourraient collabo- rer avec lui au « travail de la nuit » dans ces fabuleux massifs que le jeune romantique Eugène comparait à des ruines.

 

De châteaux en cathédrales

Des ruines, ou encore des cathédrales, qu’à la même époque Victor Hugo avait décrites dans son célèbre poème en hommage à « Notre en Dame de Paris », réveillant ainsi les consciences ! Le mouvement roman- tique s’érigea en défenseur des bâtiments et de l’art médiéval. Une commission des Monuments Historiques fut créée et l’inspecteur général des Monuments Historiques Prosper Mérimée désigna Viollet-le-Duc pour restaurer l’abbaye de Vézelay et la Sainte Chapelle à Paris. Parmi ses autres grandes restaurations figurent la ville fortifiée de Carcassonne et le Château de Pierrefonds au Nord de Paris. En 1843, couronnant sa présentation d’une maquette exceptionnelle de la cathédrale Notre Dame, la restauration lui en sera également attribuée, ainsi qu’à Jean-Baptiste-Antoine Lassus. Ce chantier s’avéra « pharaonique » pour Viollet-le-Duc.

Fasciné par le poème de Victor Hugo, il réinventa la Cathédrale de Notre Dame en y installant plus d’une cinquantaine de statues de « chimères » : Viollet-le-Duc dessina d’innombrables chats plus ou moins réalistes et fantastiques. Des « Fleurs du Mal » issues de son imaginaire qu’il fit sculpter en pierre imposant sa vision du Moyen Age qui annonçait les prémisses de l’Art nouveau. La décoration était utilisée essentiellement pour rendre visible l’armature et la fonction de chaque élément. « Le style est, pour l’œuvre d’art, ce que le sang est pour le corps humain ; il le développe, le nourrit, lui donne la force, la santé, la durée », avait-t-il écrit.

En 1848, Viollet-Le-Duc souhaitait créer un musée de reproductions en plâtre de sculptures, concrétisant ses théories sur l’évolution de la sculpture médiévale française. Mais ce musée ne verra le jour que deux ans après sa mort en 1981.

Le bestiaire fantastique d’Abbadia Dans le même esprit romantique, néogothique et orientaliste, le château d’Abbadia avec son bestiaire domine l’Océan au Pays Basque, sur la route de la corniche à Hendaye. A la demande du savant Antoine d’Abbadie d’Arrast à son retour d’Ethiopie, le château fut érigé en 1865 par Viollet-Le-Duc aidé de son élève Edmond Duthoit. Ainsi, succédant aux chimères et autres gargouilles de Notre Dame qui l’avaient tant inspiré, Viollet-Le-Duc entreprit à taille réelle le bestiaire du château d’Abbadia ; un univers de sculptures de pierre décrites dans le récent livre de l’his- torien d’Art Jean Rama « Les statues d’Hendaye » édité chez Atlantica. Un monde fantastique de chats, singes, crapauds, grenouilles, éléphants, crocodiles, serpents, escargots, souris et lévriers - symbole de fidélité – ainsi qu’une panthère mugissant du haut de la façade mise en scène par l’architecte. Malheureusement, ce châ- teau construit par Viollet-le-Duc ne figure pas parmi les édifices présentés à l’exposition parisienne qui s’est concentré davantage sur Notre Dame et ses alentours !

Qu’en aurait pensé l’exceptionnel autodidacte, déjà insatisfait de la manière dont l’architecture et l’his- toire de l’art étaient enseignées à son époque, lui qui s’était consacré à la transmission du savoir dans ses deux publications les plus célèbres : « le Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XI au XVe siècle (1854-1868) » et le « Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque Carolingienne à la Renaissance (1858-1870) ».

A son décès en 1879, Jules Ferry lui rendit hommage : « Viollet-Le-Duc avait le pouvoir d’une infatigable et triomphante défense des grands monuments de notre histoire contre le double vandalisme de la spéculation et de l’ignorance ».

Jusqu’au 16 mars exposition du bicentenaire de la naissance de Viollet-Le-Duc à la Cité de l’Architecture à Paris.

 

EN IMAGES »
Viollet-Le-Duc.. © Nadac-Col MAP
Dessin de Viollet le duc dans une lettre à son épouse 1842. . © Coll MAP
Gargouille en forme de Bestiaire de Viollet le Duc.. © Coll MAP
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