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Le dernier témoin de 39-45

Publié le 01/06/2016 à 07h00, dans St-Palais/Donapaleu | par Philippe Etchegoyen
Jean Etchegoyen, 91 ans, est le dernier témoin de 39-45. Le Saint-Palaisien, "évadé de France", participera à la commémoration du 8 mai 1945, ce dimanche.
Le dernier témoin de 39-45Jean Etchegoyen, 91 ans, est le dernier témoin saint-palaisien de la guerre 39-45. © Philippe Etchegoyen

Ce dimanche 8 mai, Saint-Palais va commémorer le 71e anniversaire de la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie, qui capitulera officiellement lors du traité signé à Berlin, le 8 mai 1945, mettant fin à la 2e Guerre mondiale. Aujourd'hui, les rangs des anciens s'éclaircissent, et il n'y aura bientôt plus personne pour témoigner de ce conflit. Heureusement, nous avons rencontré le dernier Saint-Palaisien, témoin et acteur de cette période, Jean Etchegoyen, 91 ans, "évadé de France", doté d'une bonne mémoire et qui a accepté de nous livrer quelques souvenirs.

 

« J'ai vécu des moments de drame et de passions, de déchirements et d'enthousiasme, et j'y ai participé parfois contre mon gré. Il faut dire que Saint-Palais a toujours montré son patriotisme et son amour pour la France. Quand on voit sur le monument aux morts, il y a 74 morts pour 1000 habitants en 14-18. L'engagement sera identique en 1942, quand on constate que sur une trentaine d'appelés pour le Service du travail obligatoire en Allemagne, instauré par Pierre Laval, chef du Gouvernement de Vichy, seuls 2 jeunes accepteront, craignant des représailles pour leurs familles, alors que tous les autres, rebelles de l'autorité de Vichy, vont s'évader par l'Espagne où ils connaitront la prison, avant d'atteindre leur objectif, celui de combattre l'ennemi en rejoignant les Forces françaises libres basées sur des sites d'entraînements au Maroc. En terme de représailles, le commandant Krull, qui dirigeait la Gestapo à Saint-Palais, se montrera moins virulent que deux de ses officiers qui terrorisaient la région, et qui seront responsables de l'arrestation et l'expédition à Buchenwald, de 3 instituteurs du canton : Jean-Pierre Castaingts, Sauveur Narbaïts et Pierre Labat (qui ne reviendra pas). Pour ma part, en 1940, j'ai 16 ans et je me souviendrai toujours de l'arrivée des premiers Allemands, un vendredi jour de marché où j'aidais ma tante, Marie Sarthou, commerçante. Quand ils sont arrivés dans deux side-cars puis dans deux camions chargés de soldats qui se sont dispersés dans la ville, j'avais les larmes aux yeux. Mais trois mois plus tard, je me retrouve incarcéré 8 jours à la prison de St-Palais (à l'endroit de l'actuel marché couvert), pour passage de courrier en Zone non-occupée (vers Béhasque), puis rebelote en juin 1941, pour 2 mois cette fois, pour avoir fait passer un couple de Juifs de l'autre côté de la Ligne de démarcation. En mai 1944, j'ai 19 ans et je décide de quitter Saint-Palais pour rejoindre les Forces françaises libres, en franchissant les Pyrénées à pied, par Iraty, Ochagavia, Pampelune. Mais je suis arrêté par la Guarda Civil et incarcéré à la prison de Molina de Caranza (Cantabria). J’ai été libéré au bout de 2 mois très pénibles. J'embarque alors à Gibraltar pour Casablanca, et je m'engage dans le 1er Régiment de Chasseurs africains de Rabat, en section Ecole Militaire, vu mon jeune âge, pour officier sur place pendant 1 an. Je pense alors à mes 2 frères plus âgés, Robert et Philippe, qui se sont engagés un peu plus tôt, dans le prestigieux régiment de la 2e DB du maréchal Leclerc, pour connaître un somptueux parcours, du Débarquement en Normandie à la Libération de Paris et Strasbourg. J'étais fier aussi de savoir que notre père, le commandant Cyprien Etchegoyen, ait joué un rôle important dans ce conflit mondial, alors qu'il était basé à Londres, au côté du général De Gaulle, en tant que directeur du bureau de recrutement de la France Libre, et aussi directeur du service historique de l'Armée française, avant de décéder le 24 décembre 1943, alors qu'il était en mission à Alger, des suites de lourdes blessures. »

 

Pour Jean Etchegoyen, il est indispensable de perpétuer ce devoir de mémoire auprès de nos jeunes, et c'est avec cette motivation, qu'il sera présent ce dimanche 8 mai, dès 11h, pour la messe du Souvenir en l'église de Saint-Palais, et à 12h, pour la cérémonie au monument aux morts.

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