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Le bourbier ukrainien : sanctions, piège à cons (2)

Publié le 15/08/2014 à 09h00, dans Chroniques | par Alexandre de La Cerda
C'est le bloc-notes d'Alexandre de la Cerda.
Le bourbier ukrainien :  sanctions, piège à cons (2)Ukrainiens réfugiés en Russie (des centaines de milliers). © expert.ru/data/public

La météo n’y est pour rien : ce sont bien les événements d’Ukraine et les pressions sur la Russie qui compromettent sérieusement la saison touristique sur la Côte basque ; déjà, les principaux hôtels biarrots, à commencer par le Palais, estiment à plus de 25% la chute de fréquentation des clients russes, sans compter – mais il faudra attendre la fin du mois d’août pour disposer de chiffres plus précis – l’impact négatif sur les services, voitures, restaurants, magasins, etc.

Mais il n’y a pas que le tourisme : pour répondre aux sanctions anti-russes imposées d’abord par les USA (qui ont beaucoup moins à y perdre en raison du faible volume de leurs échanges économiques avec la Russie), sanctions reprises en choeur par l’Union Européenne – et même la Norvège qui n’en fait pas partie –, la Russie vient d’imposer l’interdiction totale pour une période d’un an de l’importation de viande de bœuf, de porc (une bonne partie de la production porcine française est achetée par la Russie), de fromage, de volaille, de lait, de poisson en provenance des pays de l’UE, des États-Unis, d’Australie, de Canada et de Norvège (mesures de rétorsion russes chiffrées par l’U.E. à douze milliard d’euros). Et surtout les fruits et légumes : « un système à double détente » a expliqué Xavier Beulin, président de la FNSEA : « la Russie se ferme aux importations, mais aussi les produits qui n’iront plus à l’exportation (hors UE) vont se rabattre sur les pays européens et créer une situation de crise ».

Pour sa part, le Premier Ministre Dmitri Medvedev n’a sans doute pas tort d’envisager cette mesure comme « un facteur positif pour l’économie russe, qui déblayera les rayons des épiceries pour la production des producteurs russes », alors que son ministre de l’agriculture en attend une incitation au développement de l’agriculture russe. De tous côtés, aux Pays-Bas (deuxième exportateur mondial de produits d’agriculture et d’horticulture, dont la Russie est  le principal client), en Danemark et en Norvège, les fédérations de producteurs exigent que les autorités abrogent des sanctions anti-russes jugées irresponsables.

L’espace aérien en question

Par ailleurs, pour répondre aux mesures européennes prises contre la compagnie russe Dobrolyot, nouvelle low-cost filiale d’Aéroflot dont le contrat de location d’appareils Boeing avait été annulé dans le cadre des sanctions anti-russes, Moscou envisage une interdiction de survol de la Sibérie pour les compagnies aériennes effectuant des liaisons entre l’Europe et l’Asie. D’autres itinéraires allongeraient le trajet d’une heure et demie en remettant en question horaires, correspondances et desserte de ces destinations, avec un surcoût chiffré à un milliard d’euros...

De plus, les autorités russes pourraient évoquer avec la Turquie la possibilité de fermer les détroits de Bosphore et des Dardanelles aux navires des pays non riverains de la mer Noire, conformément à la convention de Montreux sur les régimes des détroits, « en raison des tensions créées par les USA dans cette région » et en réponse à la présence des navires américains dans la zone d’intérêts directs russe (entrée en mer Noire, jeudi, du croiseur lance-missiles US Vella Gulf pour « assurer la sécurité et la stabilité dans la région »)...

Là, ça sent vraiment la poudre !

Fric et démagogie dans un bain de sang

En fait, ce sont bien les dirigeants européens qui semblent pris a leur propre piège dans ce vaste jeu de rôles de la démagogie et du fric imposé par les Américains, qui s’en frottent les mains, eux qui veulent mettre l’Europe au pas grâce au Traité transatlantique imposant toutes les dérégulations imaginables à l’encontre de nos producteurs (le viticulteur que je suis sait bien de quoi il en retourne à propos de ces négociations aussi cruciales que volontairement occultées par les autorités).

Pendant ce temps, qui donc se préoccupe de la tuerie orchestrée dans le Sud-Est de l’Ukraine par les marionnettes du Pentagone, elles-mêmes aux prises avec leurs éléments les plus extrémistes, comme le démontrent encore les heurts de ce jeudi matin à Kiev même, sur le fameux « Maïdan » chanté par BHL ? Rien qu’à Lougansk, on dénombre près de 1 500 tués parmi la population civile depuis la soi-disant « opération anti-terroriste » déclenchée par Kiev avec l’appui des milices privées américaines qui s’étaient déjà distinguées en Irak.

Et pourtant, conclut un internaute, « si on vivait dans une Europe pragmatique et réellement éprise de paix, c’est dans un partenariat avec la Russie, respectueux des entités nationales et tourné vers l’intérêt commun, qu’on puiserait la puissance nous garantissant paix et prospérité ».

« Faisons un rêve », aurait dit Sacha Guitry qui était né à Saint-Pétersbourg.

Mots clés : Ukraine
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