Vous êtes sur : Accueil › L’amour du chocolat

L’amour du chocolat

Publié le 28/04/2016 à 07h00, dans Patrimoine | par Yves Gabard
Christophe et Valérie Puyodebat cultivent cet amour à Cambo. Un musée y est né et à présent, un livre...
L’amour du chocolatFlorence Barucq (à gauche) s’est plongée dans la vie de Valérie et Christophe Puyode- bat pour rédiger une biographie « au nom du chocolat ». © YG

De 7 à 77 ans c’est un amour éternel. Certains y goûtent avant 7 ans, d’autres s’en délectent après 77 ans. Les fêtes de n d’année trouvent leur heure de gloire avec les boîtes qui se multiplient au pied du sapin et les comportements s’identi ent face à la tentation. C’est même l’occasion d’un partage sans équivoque lorsque la main tendue se ge un instant dans l’hésitation d’un choix qui provoque déjà une salivation qui double le plaisir. L’attente n’estelle pas le meilleur moment quand il s’agit d’amour, le chocolat s’en voudrait de manquer ce rendez-vous. 

L’amour du chocolat est né au Pays Basque et a grandi à Cambo

En effet, il y a quatre siècles, le chocolat débarquait dans le port de Bayonne et ne devait plus quitter le Pays Basque. La renommée fut l’affaire de précurseurs et surtout de passionnés aux noms aussi célèbres que Dolhabarrats et Etienne Noblia qui organisèrent l’exploitation vers la commune de Cambo. Le travail de concassage des fèves y était réalisé essentiellement à la main avant que Jean Fagalde n’utilise la force des mécaniques à vapeur et ne s’attribue de ce fait la qualification de « chocolatier » vers les années 1850. Les ls et frères Fagalde assureront la notoriété de Cambo sur l’ensemble du Pays Basque avec une énorme entreprise de fabrication. Suivront les manufactures de Berho et des Noblia. Ceux qui ont goûté aux fameuses tuiles enrobées de chocolat fabriquées à l’usine de Cambo dans les années 1960 en ont gardé un souvenir inoubliable qui ne demandait qu’à perdurer. Malheureusement l’industrialisation mondialisée en a décidé autrement et a conduit à la fermeture il y a tout juste 15 ans de la dernière fabrique des Kanboar, compromettant l’héritage chocolatier du Pays Basque. Mais un amour partagé c’est toujours synonyme d’espoir.

Un amour qui s’est transformé en passion

C’est ce qui est arrivé à Christophe et Valérie Puyodebat. Après un parcours qui a débuté au Lycée hôtelier de Lourdes en passant par la Côte Basque, par Paris, puis en côtoyant des maisons au noms prestigieux, Fauchon entre autres, et en ayant la possibilité de rejoindre les Etats-Unis après une prestation à l’ambassade Américaine, la décision difficile sinon délicate pour eux consista à créer une enseigne personnelle à Bayonne. Emplacement relativement étroit qui ne correspondait pas à leurs « appétits ». C’est la ville de Cambo qui leur offrit de transformer leur rêve en réalité, permettant ainsi au Pays Basque de poursuivre l’aventure chocolatière. La notoriété de l’entreprise Puyodebat a pris aujourd’hui une dimension à la hauteur des ambitions de leurs concepteurs ce qui conduit Vincent Bru, maire de Cambo à se féliciter d’avoir favorisé une telle implantation. L’amour transformé en passion s’appuie sur les valeurs de l’artisanat dans son sens le plus noble du terme autorisant l’association des compétences du maître-chocolatier avec une recherche de qualité orientée vers une créativité qui s’associe souvent à une originalité devenue la marque de référence. Le résultat est là : on entre et l’on savoure déjà avec les yeux ! C’est féerique d’autant que l’odorat prend immédiatement le relais. C’est pourquoi aujourd’hui, l’enseigne Puyodebat fait partie de la notoriété de la ville et permet au Pays Basque de conserver les valeurs historiques de sa relation avec le chocolat. Mais l’histoire aussi se cultive...

L’amour du chocolat c’est une belle histoire

Pour la mettre en valeur, il faudrait un musée. Valérie et Christophe Puyodebat s’y sont employés, les années écoulées leur ayant permis d’acquérir un éventail impressionnant d’objets, d’af ches, de photos, d’outils et de gros engins mécaniques. La visite du musée s’effectue au milieu d’un univers coloré, les originales tasses « à moustaches » voisinant avec des centaines de chocolatières rutilantes. C’est un univers qui se veut joyeux mais qui s’appuie également sur la découverte et la diversité des fèves de cacao, sur l’évocation des pays producteurs, de leurs procédés de culture et sur le chemin parcouru pour parvenir jusqu’à nous. La visite qui s’échelonne durant près d’une heure « vous plonge dans un univers de délices et de souvenirs d’enfance » aime à rappeler Christophe Puyodebat qui émaille son exposé d’anecdotes croustillantes devant un auditoire qui goûte à l’aspect historique avant de savourer une dégustation ponctuée de précisions appropriées. Une telle réussite mériterait bien d’être publiée...

Un amour pour le chocolat, il faut savoir le partager Florence Barucq, historienne de l’art et ethnologue a relevé le dé t en rédigeant un ouvrage intitulé « Au nom du chocolat ». Le livre vient de paraître aux Editions Artza. Il est le fruit d’une rencontre avec Valérie et Chritophe Puyodebat, l’auteur ayant été « touchée par leur ferveur » s’est engagée dans l’aventure pour « retracer leur chemin de croix, la foi dans leur travail, une histoire d’amour, celle d’un couple uni par une même passion ». Florence Barucq qui fait constamment un travail d’investigation, histoire de poser sa pierre sur le chemin de la connaissance de son pays, a trouvé dans ce parcours du chocolat un intérêt qu’elle ne percevait pourtant pas au départ de l’entreprise mais dont le projet l’a convaincue lorsqu’il s’est agi de mettre en évidence « le glorieux passé chocolatier du Pays Basque et, plus précisément celui de la ville de Cambo qui n’avait jamais véritablement été mis en valeur ». Elle a pu retracer l’histoire locale grâce aux témoignages de Marie-Christine Genay-Fagalde et de Claire Noblia, descendantes de deux familles chocolatières emblématiques, véritables « cartes d’identité de Cambo » comme les appelle Christophe Puyodebat. Le résultat est un petit bijou : une rédaction qui mêle sincérité, passion et difficultés rencontrées par les Puyodebat, une illustration superbe et originale de Gilles Lescure et un éventail de recettes alléchantes. C’est un livre qui se dévore dans tous les sens du terme « car il est crousti-fondant avec du tendre et de l’inédit » et c’est aussi la raison pour laquelle il est disponible à la Chocolaterie-Musée Puyodebat à Cambo et également à Bayonne.

REAGIR »

Identifiez-vous

Enregistrez-vous

^ Haut de page