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De nouveaux documents sur la déportation des Basques en 1794

Publié le Le 21/03/2014, dans Chroniques | par Alexandre de La Cerda
C'est le Bloc-notes d'Alexandre de La Cerda
De nouveaux documents  sur la déportation des Basques en 1794La maison « Sarhia » où naquit en 1733 François Dardan © DR

En collaboration avec la Bibliothèque nationale de France, l’Université de Stanford, université américaine située au cœur de la Silicon Valley en Californie, vient de mettre à la disposition des chercheurs  une version numérisée des principales sources d’étude de la Révolution française. Les internautes peuvent ainsi consulter les « Archives parlementaires » et les « Images de la Révolution française ».

Nos lecteurs ne s’étonneront pas de la hâte manifestée par l’auteur de cette page « Bloc-Notes » afin de dénicher les documents en rapport avec le Pays Basque en ces journées du 220e anniversaire de la déportation des villages labourdins (et de quelques autres) par les « représentants » de la révolution française (voyez mon Bloc-Notes de la semaine dernière).

On peut ainsi trouver, bien avant l’arrêté (22 février 1794) des « représentants du peuple » Pinet et Cavaignac décrétant « infâmes » les communes labourdines proche de la frontière, une lettre adressée au comité de Salut Public par les représentants du peuple dans le département des Landes (qui ne représentaient qu’eux-mêmes), Ichon et Dartigoeyte, qui éclaire parfaitement les prodromes de la tragédie à venir. Ils avaient été envoyés auprès de l’armée des Pyrénées afin d’en évaluer «   le délabrement où elle se trouvait  », et leur lettre est datée du Bourg-Saint-Esprit, le 20 avril 1793, l’an II de la République française   :

« Ne comptez pas trop sur les Basques, car le fanatisme les dispose en faveur des Espagnols  ; on nous a assuré que tous les Basques de la frontière du côté des camps vont habituellement se confesser en Espagne, et les commandants des camps nous disent qu’on ne ne peut se fier à aucun Basque, qu’ils sont en pays ennemi et qu’en cas d’échec ils auraient les Basques sur les bras. Cette idée peut être exagérée, mais le fanatisme religieux deviendrait funeste et les confesseurs ont grand soin d’égarer le peuple, en représentant nos soldats comme des impies ».

Précisément, sous le porche de l’église de Sare se trouve une plaque rappelant le sacrifice de Madeleine Larralde, guillotinée à Chauvin-Dragon (Saint-Jean-de-Luz) « le troisième jour des sans culottides de l’an deuxième de la République française une et indivisible ». Cette humble tisserande n’avait-elle pas été déclarée « émigrée » pour s’approvisionner dans la bourgade voisine de Vera de Bidassoa du fil nécessaire à la fabrication de sa toile et, chemin faisant, aller recevoir, sans le cacher, les sacrements chez les Capucins du lieu  ?

Euskaldun ta fededun

En fait, l’attachement de la population à sa foi face aux persécutions contre l’Eglise explique en partie la déportation criminelle d’une population civile qui aurait sans doute valu à ses auteurs, en d’autres temps, un « procès de Nuremberg ».

Ainsi, à Itxassou, sous la Terreur, le fils du régent (instituteur du village) préféra se laisser brûler les pieds plutôt que de dévoiler la cachette où avaient été déposés les vases sacrés de l’église (dans l’épaisseur d’un mur de leur maison « Errientaenea », dans le quartier du Pas-de-Roland). Pierre Iharour avait 18 ans lorsque des hommes masqués, armés et brandissant des piques le menacent de mort s’il ne veut pas parler. Les révolutionnaires n’ayant rien trouvé par eux-mêmes, se saisissent alors de Pierre Iharour, lui attachent les mains derrière le dos ; ses pieds sont ensuite solidement garrottés et on les expose, une demi-heure durant, à un feu de genêts, largement alimenté. Toute une année il eut à souffrir des suites de ce traitement cruel. Au rétablissement du culte, il rapporta à l’église d’Itxassou les magnifiques vases sacrés offerts naguère à la paroisse par Pedro d’Etchegaray (qui avait fait fortune à Séville au XVIIe siècle).

C’est à partir de 1792 que les persécutions s’accentuèrent, en particulier à la suite de la proclamation le 17 septembre de l’acte de bannissement du 26 août 1792 qui exila les prêtres insermentés au milieu de nombreuses vexations. La violence emporta ainsi l’abbé François Dardan originaire d’Isturitz qui fut massacré à la prison des Carmes, à Paris, avec les autres confesseurs de la Foi, le 2 septembre 1792. La loi de déportation du 26 août condamnait les prêtres à sortir de France dans un délai de quinze jours, sous peine d’être déportés en Guyane et passibles de dix années de détention. Les prêtres basques émigrés optèrent en général pour l’Espagne : le diocèse de Calahorra reçut alors mille cinq cent clercs. Il y en eut cependant qui passèrent en Angleterre, en Hollande et en Allemagne.

Cependant, beaucoup de prêtres se cachèrent grâce à la complicité des populations qui leur étaient dévouées et, en véritables contrebandiers de la foi utilisant la frontière comme zone de repli, ils exercèrent au péril de leur vie, un ministère clandestin, tout comme les benoîtes qui, elles non plus, ne furent guère épargnées des révolutionnaires. Parmi ces « contrebandiers de la Foi » il faut signaler les parents de Michel Garicoits à Ibarre, village bas-navarrais au pied du col d’Osquich, réuni à celui de Saint-Just au XIXe siècle. Arnaud Garicoits (maison Garacotchea) et de Gratianne Etcheberry (maison Ordokia) étaient d’une famille paysanne assez pauvre qui avait traversé les épreuves de la Révolution et la déportation des Basques en aidant les persécutés. Bien des prêtres, traqués par les révolutionnaires, s’étaient réfugiés chez les Garicoits avant d’être discrètement conduits par Arnaud en Espagne. C’est sans doute l’un d’eux qui avait baptisé le petit Michel.

Le Biarrot d’Albarade, ancien ministre de la Marine sous la révolution, se justifiera plus tard d’avoir tenté d’adoucir le sort des « prêtres insermentés déportés à la Cote d’affrique entre les 28 et 32 degrés de latitude Nord par décret de la Convention Nationale »…

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