Vous êtes sur : > >

Le fabuleux destin des makhilas Ainciart-Bergara

Publié le 07/02/2012, dans Les Dossiers de La Semaine | par La Semaine du Pays basque

Bonjour Nicole. Pour commencer, un peu d’histoire : à quand remonte l’atelier qui vous vaut actuellement cette haute distinction ?
Le Makhila a été implanté à Larressore par la famille Ainciart. Nous sommes la seule famille à fabriquer à la main le makhila depuis de nombreuses générations. Les makhilas qui sont exposés au musée basque de Bayonne sont l’oeuvre du grand-père de mon arrière grand-père : Gracien Ainciart, né en 1796. Lui-même avait pris la suite de son propre père, Dominique, qui fabriquait déjà des makhilas. Le fils de Gracien, Antoine, en a fabriqué à son tour, au début plus rustiques et moins ouvragés que dans les générations suivantes. Le makhila a en effet reçu ses lettres de noblesse avec mon arrière grand-père Jean Ainciart, le fil d’Antoine, qui les travaillait en profondeur, avec de belles parties métalliques. Homme de terrain, novateur, il avait participé à différentes expositions dont le salon international de Paris en 1889 où il avait obtenu le premier prix du Pays Basque. Plus tard, une revue de l’époque, « les Propos Gascons », disait en 1903 qu’« un fabricant à Larressore, près de Cambo, dans les Basses Pyrénées, s’est fait une spécialité avec ces bâtons. Les bois sont irréprochables comme formes et comme dessins ». Mais Jean Ainciart, à l’origine, était tisserand. Il n’est pas arrivé directement à la fabrication de makhilas.

Votre atelier était d’ailleurs le sien, du temps où il était tisserand...
Oui, à l’époque c’était un atelier de tissage très réputé au Pays Basque. On disait de lui qu’il était le meilleur tisserand du Pays Basque, mais les « métiers Jacquard», avec leur forme industrielle, ont fait disparaître le tissage de campagne manuel. C’est pourquoi Jean Aincart a délaissé cette activité et s’est reconverti en s’investissant dans la fabrication du makhila. En 1926, la fille de Jean Ainciart, Marie-Jeanne, se maria avec un dénommé Jean Bergara, mon grand-père né en 1902, qui, héritant par sa femme de tous les savoir-faire et secrets de fabrication du bâton basque, prit la suite de l’affaire familiale. C’est là l’origine de notre signature, « Ainciart-Bergara ». Dix années plus tard, en 1936, il se présenta ainsi au concours de la quatrième exposition nationale du travail à Paris et reçut le titre d’un des meilleurs ouvriers de France en tant que «fabriquant de cannes basques makila». Cette distinction fut fêtée dignement sur le fronton de Larressore le 4 octobre 1936 et ce fut l’occasion de louer les qualités d’artisan de l’inoubliable Jean Ainciart (décédé en 1932) et de son gendre, Jean Bergara. A cette époque, dans la revue « Gure Herria », Emmanuel Souberbielle rendit hommage aux artisans de notre atelier et au Makila, « emblème et sceptre du Basque ». À partir de cette date et pour plusieurs années, Jean Bergara allait apposer son titre sur les viroles de ses makhilas.

C’est vraiment une belle histoire qui mêle famille, entreprise, culture locale...
Oui, mais tout ne fut pas facile. Chaque génération a eu ses propres difficultés. La mère de mon arrière grand-père s’est retrouvée veuve très jeune. Mes grands-parents, après la guerre de 39/40, ont eu d’énormes difficultés à rebondir puisque tous les matériaux étaient utilisés pour reconstruire le pays. Et mon père et mon grand-père ont eu aussi beaucoup de mérite, en continuant leur travail avec des métaux de moindre qualité.

Et vous, dans tout ça ?
Je suis née ici, j’ai grandi avec mes grands-parents comme autrefois dans les familles basques. Pendant les vacances scolaires, j’aidais mes parents et grands-parents à l’atelier. Depuis toute petite, je tressais la dragonne, je devais avoir sept ans lorsque j’ai commencé. Ensuite, j’ai choisi un autre métier. Je suis allée faire mes études de droit, puis j’ai travaillé dans une banque, mais j’ai très vite était rattrapée par le sens du devoir. En Pays Basque, on aime bien continuer l’entreprise familiale, c’est dans la tradition et comme, par surcroît, c’est un objet qui est beau, je me suis résolue à venir travailler aux côtés de mon père Charles (qui avait repris l’activité de son père Jean Bergara) et à faire vivre le makhila le mieux possible ! A mon tour, j’ai deux enfants qui ont choisi une autre voie, mais qui sait ?

RETROUVEZ NOTRE DOSSIER SPÉCIAL "MAKHILA A L'UNESCO" DANS LA SEMAINE DU PAYS BASQUE 957 EN KIOSQUES DEPUIS VENDREDI 3 FEVRIER

REAGIR »




Sécurité : veuillez indiquer le résultat de l'opération suivante : un + 2 =