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Une petite histoire de la brocante et de l'antiquité en Pays basque... (Chap. III)

Une petite histoire de la brocante et de l'antiquité en Pays basque... (Chap. III)

Publié le 25/09/2011, dans Patrimoine | par La Semaine du Pays basque

Suite de notre « feuilleton estival », débuté dans La Semaine du 8 au 14 juillet…
Les années fastes !
Nous sommes maintenant dans la seconde partie des années 80. Si, la crise aidant, un léger tassement des affaires se fait ressentir auprès de la clientèle particulière des brocantes – le Français, « dit moyen », commence à voir son pouvoir d’achat singulièrement « rogné » –, nous avons vu, qu’un nouveau marché dirigé vers l’export s’organise autour de foires réservées aux professionnels. Elles essaiment sur tout le territoire, de Montpelier à Bézier, en remontant par Le Mans, Paris, Lille, etc. De plus, chaque région a maintenant ses très grosses manifestations, qui là encore servent majoritairement l’international. Tout ce qui est authentique et rappelle l’excellence des arts décoratifs français et européens intéresse l’étranger. Pour les brocs et les antiquaires se plaçant sur ce créneau, l’opération devient un solide débouché commercial, d’autant que dans cette France « malade » qui semble n’avoir plus que faire de ses trésors patrimoniaux, la marchandise ne manque pas.
Les Japonais vont pouvoir s’arracher les verreries de nos grands maîtres de la Belle Epoque ; les Américains vont raffoler de nos meubles classiques, puis ils seront fous de l’Art Déco, aussi de nos peintres du XXème siècle, jusqu’au mobilier sculpté Henri II qui partira outre-Atlantique, par container entier… De leur côté, les Espagnols, pris de vertige par la montée en puissance de leur économie, depuis la chute du Franquisme, « raflent » tout ce qui brille : mobilier Napoléon III façon Boulle ou de style Louis XV en bois doré, pendules ou candélabres en bronze doré, etc. Ils raffolent également des ivoires, les Christ du XVIIIème ou XIXème siècle passent la frontière par milliers… D’autres parties du monde se réveillent. Le monde arabe, riche de ses pétrodollars investit dans le mobilier d’époque ou d’apparat… En Union Soviétique, le communisme se lézarde. Dans la foulée d’un communisme se lézardant, de nouvelles fortunes se créent en Russie, elles n’auront de cesse de rapatrier un patrimoine éparpillé par le temps. La Chine commence à prendre elle aussi ses marques sur le marché…

Les années fastes !
Autant dire que pour les professionnels du Pays basque, l’occasion est trop belle. A l’époque, la région regorge encore de marchandises. Dans certains domaines, et souvent ceux auxquels personne ne s’intéressait vraiment jusqu’alors (verrerie, Art Déco, bronzes Napoléon III, etc.) les prix flambent. Les commerces tournent à plein, enchaînant « adresse » sur « adresse ». Le tourisme a repris du poil de la bête. Les Français redécouvrent le Pays basque, fuyant les rivages trop encombrés de la Côte d’Azur. Les dépliants touristiques vantent « le soleil local », le surf, l’arrière-pays, notre gastronomie, etc. D’autres insistent sur la tranquillité de nos plages, la sécurité régnant dans nos villes et villages. « Ici, vous pouvez, encore laisser votre voiture sur un parking, sans risquer de vous faire piller tout ce qui est à l’intérieur ! » Et ça marche. Au point que l’immobilier grimpe vertigineusement. Touristes et bobos parisiens enrichis investissent dans tout ce qui ressemble à une ferme basque ou dans tout bâtiment pouvant offrir une lucarne sur l’Océan. La « vue sur mer » des appartements biarrots ou luziens est on ne peut plus recherchée, les deux stations sont prises d’assaut et toute la Côte avec. Une bien jolie clientèle qui arrive pour les Brocs ou les antiquaires !
Une clientèle qui s’ajoute à celle des nombreux marchands venant chiner, en terre basque, de la France entière ou de beaucoup plus loin. Beaucoup ont, en effet, compris la richesse de la Côte en objets d’art de toutes époques. L’anecdote de ce gros marchand américain qui, annuellement, visitait au pas de course les boutiques biarrotes, apposant sur chaque meuble ou objet qu’il désirait, une étiquette de réservation, est significative de l’époque. A la fin de son tour d’achats, son homme de confiance passait régler ses achats et un transporteur faisait la collecte. Beaucoup de marchands et galeristes parisiens profitent, eux aussi, de leur séjour ici, pour faire quelques emplettes chez leurs confrères locaux.

Le « grenier basque » se vide…
Le marché local vit sa petite révolution. Inévitablement, le « gâteau » attire, chaque année plus de convives. Les commerces se multiplient. A Bayonne, Saint-Jean-de-Luz et surtout Biarritz, les ouvertures se succèdent. Chacun prend sa part du marché. La salle des ventes biarrote de maître Jean Carayol, joue à guichet fermé. Peu de lots ne trouvent pas preneur. Les marchands sont tous là à guetter le marteau du regretté commissaire-priseur. Pour les ventes du dimanche, le commerce se déplace de Bordeaux, de Pau, de Toulouse… Les joutes d’enchères sont parfois homériques. Malgré des pratiques d’entente entre marchands qui seraient aujourd’hui condamnables, l’atmosphère peut dégénérer devant une commode ou un tapis destinés au marché international. Devant un tapis de la Savonnerie, tellement prisé dans les Emirats arabes, les pétrodollars annihilent toute forme de civilité… Heureusement que les bars et restaurants du tour des Halles, proches de la salle de vente, sont là pour célébrer, après coup, la réconciliation de tout ce beau monde autour d’un verre ou d’un bon repas !
Dans un autre registre, les foires et les marchés prennent du galon. Parlez des Puces de Bayonne à quelques « anciens » et tous vous diront que les affaires y étaient florissantes. Françoise Bos, de la brocante Amandine, se souvient avec nostalgie qu’elle « remplissait sa voiture de caisses d’objets jusqu’au toit, avant d’aller déballer à Bayonne et qu’invariablement, elle revenait à vide. Je n’étais pas la seule. Nous vendions tout ce que nous avions, à condition que ce soit ancien. Les antiquaires de Biarritz ou de Bayonne n’auraient pas manqué un marché. Ils étaient là pour chiner, dès les premières heures. »

« L’Eldorado biarrot » !
Même son de cloche, du côté de cet ancien habitué de la brocante de Soumoulou, devenu aujourd’hui un antiquaire spécialisé dans l’Art Déco : « Soumoulou était devenu la ‘‘plaque tournante’’ entre la Côte basque et le marché toulousain. La totalité des meubles préparés pour l’occasion était sûre d’être vendue. On voyait les marchands sabrer le champagne à chaque million (de centimes) encaissés ! Beaucoup de marchands de toulousains, provençaux, même lyonnais, participaient déjà régulièrement aux foires marchandes de Montpelier ou de Béziers. Ils étaient très acheteurs. Nous avions, à Biarritz, la chance de pouvoir renouveler notre marchandise très facilement. Parfois, nous tombions sur de vrais trésors, à la faveur de simples débarras. L’immobilier grimpait à une telle vitesse que les anciens Biarrots n’en revenaient pas de tirer des sommes aussi importantes pour leur maison familiale ; même chose pour les gens qui héritaient de biens sur la Côte et décidaient de les vendre. Devant un ‘‘jackpot’’ assuré aussi rondelet, les ‘‘heureux bénéficiaires’’ n’étaient pas très regardants quant au contenu des appartements de leurs aïeuls au moment de les vider. Ils empochaient leur chèque et notre mission était de faire place nette pour les nouveaux propriétaires. Dans bien des villas anciennes, il n’était pas rare de voir des meubles qui étaient là depuis l’origine. J’ai découvert des services entiers de vaisselle et d’argenterie armoriées dans la remise de l’ancienne dépendance d’une des plus belles demeure XIXème du quartier Saint-Charles. La villa détruite, plus personne ne s’était intéressé aux remises depuis des décennies… »
Un autre, plutôt « ferrailleur » de son état aura du mal à contenir sa joie quand il vendra la totalité d’une cage d’ascenseur Art Déco en fer forgé, à un grand antiquaire parisien. Après plusieurs semaines de démontage, les grilles monumentales et chacun des éléments qui composaient son mécanisme furent dirigés vers, dit-on, une petite ville du Texas où l’ouvrage d’art fait désormais la fierté d’un hôtel de charme. Si le montant de la « transaction » n’a pas filtré, on sait cependant que l’heureux broc eu enfin l’occasion de s’offrir un de ses rêves les plus fous : un manège pour enfants !

La « Tournée du mois » s’organise.
Dans ce contexte économique, l’ambiance des marchés est au beau fixe. « L’argent tournait » comme disent les anciens. « La prise de risque était limitée lorsque nous achetions. Sauf erreur de notre part au moment de l’achat, nous savions que dans un délai de 10 jours à un mois, toutes nos acquisitions seraient revendues avec un bénéfice convenable. J’en connais qui achetaient le mardi, à la salle de ventes de Biarritz et qui se contentaient pratiquement de déballer aux Puces de Bayonne du vendredi. En connaissant un peu la marchandise, tout le monde pouvait s’en tirer. ».
Le début des années 90 est aussi la belle époque de ce que les brocs nomment avec nostalgie, « La Tournée ». Une Tournée qui s’est imposée, au fil des années, sur les marchés municipaux. Ils sont à ce moment jusqu’à une cinquantaine de brocs à se retrouver et à se suivre, la première semaine du mois, sur le marché de Mont-de-Marsan, le mercredi ; à Dax, le jeudi ; à Bayonne, le vendredi et Tarbes, le samedi… Le rendez-vous a une importance considérable pour le marché local, car ici, c’est la marchandise qui tourne et change de mains plus vite que de le dire. Beaucoup de brocs sont encore habitués à de longues tournées de chine à travers la France. L’essence n’a pas la même valeur qu’aujourd’hui et il est encore facile de jouer les « fils du vent » en avalant des kilomètres sur les routes secondaires. On signale des Basques en Bretagne ou dans la Vallée de la Loire, beaucoup traînent leurs guêtres dans les Charente ou du côté du Midi, on en connait de plus entreprenants choisissant de s’installer dans la Capitale où ils « écument » les ventes de Drouot au point d’en devenir de véritables spécialistes des salles parisiennes. Ces derniers, nous verrons plus loin, seront, du reste, très actifs dans la renaissance du régionalisme basque qui surviendra dans la même décennie. Mais pour l’heure, tous se retrouvent mensuellement au pays avec des marchandises renouvelées et devant le succès des marchés auprès des acheteurs, bientôt, les brocs s’organiseront en association pour créer de nouvelles foires…

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