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Une petite histoire de la brocante et de l'antiquité en Pays basque... (Chap. II)

Publié le 25/09/2011, dans Patrimoine | par La Semaine du Pays basque

Suite de notre « feuilleton estival », débuté la semaine dernière…
Années 50 / 70
1945. Libération du pays. Les restrictions liées à guerre et à l’Occupation sont vite effacées sur la Côte basque. Dès le début des années 50, le tourisme y bat de nouveau son plein. Encore une fois, la clientèle a changé, mais beaucoup des habitués des stations basques sont toujours aussi riches. Jean Cocteau lance son « Festival du film maudit », le marquis de Cuevas épate la galerie avec son « Bal de Biarritz », Guy d’Arcangues enflamme les casinos de Biarritz avec ses « Mercredis des jeunes », le duc et la duchesse de Windsor brillent sous les ors de l’Hôtel du Palais ou du Grand Hôtel de Saint-Jean-de-Luz, Gaby et Leila encanaillent tout ce beau monde dans leurs boîtes de nuit respectives du « Tagada » et du « Ruby’s Club »… Seul point commun de ce nouveau public : un désir de se projeter vers l’avenir, lui faisant corolairement rejeter tout ce qui lui rappelle la France d’avant-guerre… lointaine époque paraissant désormais recouverte d’un voile de naphtaline.
Les intérieurs se modernisent, s’aèrent, l’heure est au confort pratique, aux lignes épurées et fonctionnelles. Autant dire que toutes les vieilleries de grand-papa ou grand-maman sont reléguées à la cave ou au grenier, quand ils existent encore… Sinon, direction les antiquaires ou les brocanteurs qui vont vivre un deuxième âge d’or jusqu’au milieu des années 80. Toujours la même histoire, certains se débarrassent, d’autres collectionnent, meublent leur maison de campagne à l’ancienne, ou sont plus simplement amoureux de l’authentique et du bel ouvrage des artisans ou artistes d’antan…

La marchandise afflue de sources les plus inattendues…
Les campagnes participent grandement à ces bonnes affaires que réalisent les antiquaires. N’oublions pas que pendant ces années 50, on y vit dans les endroits reculés, encore pratiquement comme en 1900. L’instruction de la République est bien dispensée aux plus jeunes, mais les traditions pèsent encore bien lourd… Comble de tout, c’est la généralisation de la « sacro-sainte » télévision qui donne aux anciens le désir de profiter un peu de la « modernité » tant vantée par la publicité. Ils vont être servis !
Retiré à Biarritz, le regretté docteur Gérard Dupouy qui avant d’être un grand antiquaire spécialisé dans la Haute Epoque, avait été le « toubib » attitré du showbiz parisien des années 60 (gynécologue de Brigitte Bardot, médecin d’Edith Piaf et de tant d’autres), aimait se remémorer ces années incroyables à courir les fermes et à s’enfoncer au plus profond du pays à la recherche de trésors ancestraux gisant depuis des lustres sous les voutes d’antiques caves : « Les paysans nous appelaient pour les débarrasser d’armoires, de coffres ou de fauteuils des XVIème ou XVIIème siècle, probablement récupérés on ne sait où pendant la Révolution, qui s’entassaient dans les granges ou les dessertes. Ils avaient été remplacés par du mobilier neuf en formica et tubulaires chromé ! Un jour, dans une ferme pourtant cossue, qui avait autrefois peut-être servie de relais de chasse, j’ai du faire démonter en catastrophe une cheminée Louis XV en pierres de taille armoriées, les propriétaires n’ayant rien trouvé de mieux que d’y substituer un radiateur. J’ai même sauvé des armes du XVIIIème qui rouillaient tranquillement dans une cave. »
Du coup, certains brocs montent de véritables « petites entreprises » qui vont exploiter ce filon avec brio. Guy Renouf, pointure s’il en est une de la brocante du Pays basque, racontait l’histoire de cette famille qui passait de village en village pour proposer des échanges aux paysans. « Aux femmes, on proposait du linge, du tissu pour confection, des boutons, des batteries de cuisine flambant neuves, des tables de cuisine repliables modernes, etc. La proposition d’échange était le plus souvent très appréciée. Les villageois ne déboursaient pas le moindre franc, mais en revanche, ils donnaient avec un plaisir non dissimulé, les vieilles armoires et le bric-à-brac entassés du grenier ou la table monastère qui faisait office de table familiale depuis des générations… » Le bénéfice est assez « colossale » pour ces brocs, dont quelques-uns deviendront des antiquaires réputés. Un d’entres-eux, ayant pignon sur rue à Biarritz, aimait justement rappeler ses « grands débuts » : « Nous partions en tournée avec un camion-benne qu’un ami entrepreneur en bâtiment nous prêtait. Moi, je préférais l’achat à l’échange. Les gens nous attendaient, trop content qu’on leur donne quelques billets contre des meubles dont ils avaient presque honte. Je crois qu’ils pensaient alors, ou qu’on avait finit par leur faire penser, qu’il était impossible de vivre pleinement l’époque dans un intérieur empli de vieux meubles. Le mieux, que j’ai eu à faire, si l’on peut dire, est ce débarrassage complet d’une ferme landaise et de ses dépendances. Les propriétaires-exploitants s’étaient fait construire dans un autre coin de la propriété, un ‘‘pavillon de banlieue’’ amélioré et ils l’avaient entièrement meublé par des achats par correspondance… Rien de ce qui était dans leur ancienne habitation n’avait suivi dans la nouvelle… »

L’Eglise aussi fait « peau neuve »…

L’Eglise aussi a soif de changement mobilier. Besoin de se concilier la société moderne ? Toujours est-il qu’un grand « coup de balai » est donné dans les sanctuaires chrétiens. Les prélats et curés ne veulent plus s’embarrasser d’autels vermoulus ou de statues encrassées par les siècles. Un ami antiquaire-collectionneur me racontait cette aventure vécue à la fin des années 70 : « Dans une petite localité, un sympathique curé s’était proposé de me vendre une série de bougeoirs et d’objets de culte anciens. Pour ses œuvres, avançait-il... Lorsque j’arrivais à son presbytère, de nombreux objets m’attendaient, effectivement sur la table de la cuisine. La bonne avait vidé les réserves me dit-il… Jovial, il enchaina immédiatement sur la chance qu’il avait d’avoir obtenu des crédits pour moderniser son église. Un architecte-décorateur allait l’aider à transformer son lieu de culte au goût du jour. Un artiste local était même chargé de créer spécialement une nouvelle chaire et un nouvel autel en marbre blanc et aluminium brossé… La transaction se passa, on ne peut plus normalement. Je réglais, rubis sur l’ongle mes achats et commençais à les envelopper. Quand le curé me proposa pour plus de facilité, de passer par l’arrière de la bâtisse pour charger mes cartons…
Quelle ne fut pas ma surprise, en traversant le petit jardin potager, d’apercevoir sur un tas de branchage près à brûler, le bras d’une statue affleurer. J’osais aborder la question. Le religieux en fut presque surpris. Il me parla de bouts de bois si vieux que les saints qu’ils étaient censés représenter, seraient aujourd’hui, bon à faire peur aux fidèles ! Cela ne lui posait aucun problème que je me salisse à les récupérer. Il y avait là, plusieurs pièces remarquables et trois colonnettes sculptées et dorées du XVIIIème siècle. Elles allaient partir en fumées au nom de je ne sais quelle modernité ! » La plupart d’entre-elles trônent encore, en bonne place, dans les vitrines de ce collectionneur avisé…

Le marché international.
Au début des années 80, un vilain mot apparait, désignant une situation à laquelle personne ne s’attendait : la crise. La chute est rude pour une France qui n’était pas loin de s’imaginer comme étant immuablement une nation phare, essentielle à la bonne marche de la planète. Tous les repères qui faisaient que finalement, la vie de chacun était réglée comme du papier à musique tombent. L’ascension sociale est en panne. Elle recule même, chez beaucoup de Français…
Ici, les dernières grandes villas ayant échappées aux vicissitudes du siècle sont morcelées en appartements. Les derniers étrangers grands propriétaires, anglais ou sud-américains, effarés par les charges qu’elles leur coûtent et attirés par des horizons plus exotiques, s’en séparent sans aucun état d’âme. L’arrivée de la Gauche au pouvoir, en 1981, accélérera encore le processus. Dans bien des pays anglo-saxons on redoute que la France ne passe à un collectivisme des richesses « outrancier »… on ne se doute pas encore que le socialisme français fera le lit d’un capitalisme érigé aujourd’hui en mondialisation… Bien de fières demeures familiales, érigées dans le courant de la seconde partie du XIXème siècle sont bêtement rasées pour faire place à de banales promotions immobilières. Sans l’opposition courageuse de quelques uns, la Côte basque aurait probablement finit en une « jolie » ligne de béton, style Grande Motte ou Marbella. Certaines constructions biarrotes ou angloyes donnant le ton…
Dans ce contexte, évidemment, l’antiquité et la brocante perdent du terrain. La clientèle a moins de moyens, même si pour une bonne part, elle reste fidèle. En effet, devant tant de changements de société, beaucoup ressentent une nostalgie des temps passés, se raccrochant par l’objet, à la fraîcheur d’époques que l’on présent définitivement révolues…
Concédons, cependant qu’une bonne fée veille encore sur le monde de l’ancien du Pays basque. Si la France s’emmêle quelque peu les pinceaux, ce n’est pas le cas partout et d’autres nations lorgnent avec envie sur notre patrimoine séculaire. La « mondialisation », comme on la nomme aujourd’hui, facilitera un transfert de richesses artistiques sans précédent. Certains pourront le déplorer, mais c’est ainsi. Grâce aux grandes foires professionnelles du type Montpellier ou Bézier et aux maisons de ventes qui prennent un essor considérable, la professions trouve une nouvelle source de revenus non négligeable. Seul petit « hic », pour le patrimoine commun, les « bonnes marchandises » s’envolent vers l’étranger. Les acheteurs sont américains, italiens, espagnols, japonais, chinois… Naturellement, les brocs et antiquaires du Pays basque profiteront de cette nouvelle donne du marché.

A SUIVRE…

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