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Une petite histoire de la brocante et de l'antiquité en Pays basque... (Chap. I)

Une petite histoire de la brocante et de l'antiquité en Pays basque... (Chap. I)

Publié le 25/09/2011, dans Patrimoine | par La Semaine du Pays basque

Notre « Grand feuilleton de l’été » !
Et si nous profitions de l’été et du tout relatif calme qui va s’installer sur les marchés, pour nous offrir un retour en arrière sur le monde de l’ancien local, genre « Rétrospective de la brocante et de l’antiquité au Pays basque, du Second Empire, à nos jours »… Une histoire, notre histoire qui mêlera les fils de la grande Histoire à ceux de la passion de la chine et des beaux objets qui nous réunit autour de ces deux pages, chaque semaine depuis plus de deux années… Nous débutons, ce vendredi, par les origines ; en quelque sorte, le pourquoi d’une telle profusion de marchandises dans notre petit « bout du monde »… Le pourquoi d’une telle réserve d’objets authentiques et anciens de toutes provenances sur l’ensemble du département, tant côté basque que béarnais… Voici donc ce « Grand feuilleton de l’été »…

Pays basque, « Terre d’accueil ».
Si de tous temps le Pays basque, par sa situation, a été une terre de passage et de brassage d’une population très disparate – d’abord les Romains, puis les invasions normandes, les Anglais au Moyen-âge et, à une époque plus récente, le long séjour de Napoléon 1er et de ses armées à Bayonne, suivit quelques années plus tard par une fâcheuse déroute devant les troupes de Wellington – les choses changent au milieu du XIXème siècle. Les conflits s’apaisent. Vient, avec les romantiques, le temps des premières villégiatures. La région est riche, elle le sera encore plus avec le tourisme naissant. Finalement, les guerres ont eu cela de bon qu’elles ont fait découvrir et apprécier notre territoire à des étrangers qui ne tiennent pas en place chez eux. Ils sont encouragés dans leur venue, par les écrits de quelques auteurs, eux aussi séduits, Hugo, Mérimée, etc.
Tout s’accélère à l’époque du Second Empire. On connait la romance de Napoléon III et d’Eugénie, à Biarritz. A leur suite, et pendant plusieurs décennies, les cours de l’Europe entière déferlent sur la Côte. Les têtes couronnées s’y succèdent pour des visites plus ou moins longues, mais beaucoup de leurs compatriotes, aristocrates ou nouveaux riches issus de la révolution industrielle, choisissent d’y essaimer leurs résidences secondaires… bientôt rejoints par une cohorte de milliardaires américains, magnas de la presse ou du pétrole. Chacune des belles villas biarrotes en est un témoignage. On rêve, aujourd’hui, des richesses mobilières qu’elles ont pu receler… D’Hendaye à Bayonne, en passant par Cambo, on vit grand train. Une importante société cosmopolite s’étourdit en galas, soirées aux casinos, on joue au golf, chasse le renard, le fin du fin étant d’aller « exterminer » les vautours de la Rhune, ou encore de partir en excursion à la découverte du pays intérieur… et des Basques… « Ils sont si curieux, un peuple à part, avec ses jeux de pelote, ses danses et traditions tellement particulières… »
Seulement, tout à une fin. Pendant qu’ici on s’amuse et l’on danse sur les airs des premiers fox-trots, le monde bouillonne. Il explose, même, en 1914 et avec lui tout le « vieux monde » qui sera emporté avec la Grande Guerre. Après la victoire des Alliés, de profonds bouleversements font basculer un ordre établi depuis des décennies ou voire des siècles pour les aristocrates. Bien des rois perdent leur couronne, les grands ducs russes doivent se résoudre à l’exil, les rentiers sont ruinés, l’argent change de mains.
Petit miracle, le Pays basque s’en tire plutôt bien. Contre vents et marées, ses rivages et monts verdoyants demeurent à la mode. Ses années 20 seront brillantes. La clientèle a changé, mais elle est plus nombreuse, les hôtels sont pleins, les fêtes se multiplient, les plages accueillent toutes les vedettes et starlettes du moment. Les classes moyennes s’enhardissent, à leur suite à prendre leurs premières grandes vacances, à profiter des bains de mer… Une prospérité frisant l’insolence, après les drames que le monde vient de traverser. Il est pourtant facile de comprendre à quel point les « survivants » ressentent le besoin de croquer une vie nouvelle, des temps nouveaux. Comme plus tard, il fructifiera en toutes situations économiques favorables, c’est pendant cette période que le marché de l’antiquité éclot sur la Côte…

Un monde s’écroule, du pain béni pour les antiquaires…
Les premiers antiquaires du Pays basque vont vivre un âge d’or peu imaginable aujourd’hui. Ils sont le pont entre deux générations. Les anciens vendent, les « modernes » achètent ce qu’il y a de mieux. Aristocrates déclassés, familles d’industriels ruinées par la guerre ou n’ayant pas su monter en marche dans le train du progrès, tous doivent désormais assurer leur quotidien par la vente des trésors liés à leur splendeur passée. Bijoux, meubles signés, argenterie, tableaux de maîtres, tout doit partir à l’encan, quand il ne faut pas carrément se séparer des demeures familiales, et, là encore, en céder le contenu aux antiquaires locaux… Peu glorieuses, les transactions se font en catimini, rapidement, parfois même par notaires interposés. Du travail facile pour des professionnels de l’ancien qui cumulent les bénéfices…
Les merveilles acquises chez des vendeurs liquidant à la fois leur splendeur passée et leur réputation, intègrent directement les collections des riches amateurs qui les remplacent. Les goûts ont évolué, sont devenus plus sobres, bientôt l’Art Déco s’imposera, mais la clientèle n’a jamais manqué à l’appel pour une commode Louis XIV ou Louis XV chargée de bronzes ciselés ou encore pour des pièces d’argenterie russe. Quoi qu’il en soit, ce qui n’est pas vendu sur place rejoint immanquablement les grandes boutiques d’antiquités parisiennes ou d’ailleurs.

Un « âge d’or » sans cesse renouvelé.
Le plus incroyable sera que tout du long du vingtième siècle, les soubresauts de l’Histoire feront que ces « juteuses » opérations se renouvelleront avec chaque génération d’antiquaires. Alors que les années 20/30 portent la Côte basque, au pinacle des destinations touristiques les plus chics, qu’ils s’y développent les plus beaux greens du monde, que de luxueux projets immobiliers sortent de terre un peu partout, que les architectes inventent même un nouveau style, le néo-basque, tant la demande de nouvelles constructions est grande, la crise de 29 éclate, suivit de près par la guerre civile espagnole. L’Histoire se répète, le monde s’embrase. Ici, c’est la débandade, les portefeuilles boursiers ont fondu comme neige au soleil et l’on entend le sourd fracas des cannons tonnant sur Irun ou Saint-Sébastien. Ce qu’il reste d’étrangers sur la Côte, plie bagage en catastrophe, pris de panique par la « peur des rouges ». Les Espagnols se séparent de leur villa pour une bouchée de pain…
Si, en 1940, l’invasion allemande « ramène le calme », elle fait fuir aussi beaucoup de monde, et pas seulement les Juifs. Tous les étrangers dont la nation est en guerre contre l’Axe (Alliance tripartite entre l’Allemagne, le Japon et l’Italie) sont considérés comme des ennemis. Seul chemin possible afin d’échapper, au minimum, à de multiples tracasseries administratives : le retour précipité dans sa mère patrie… laissant, dans la déroute, la plupart de ses biens sur place… Les journaux de ces années sombres sont plein d’annonces de ventes aux enchères du type de celle qui suit : « Vente à Biarritz, le mercredi 8 avril 1942, d’un très bel ensemble de mobilier, 13, rue Larralde. Salle à manger Henri IV, chambre Louis XV, petits meubles de salon, nombreux et beaux bibelots ainsi que vases, importante quantité de linge de maison de très belle qualité, en parfait état, magnifiques services de verres assortis, cuisinière à gaz, batterie, ustensiles et accessoires de cuisines ainsi que d’autres nombreux objets ». D’autres annonces proposent d’acheter « A bon prix », le mobilier, l’or ou l’argent… Pas de doute, même en pleine guerre, les affaires vont bon train !
On trouve d’ailleurs une annonce du même type, le 12 juin 1944, 6 jours après le débarquement. Maître Falgade, officier ministériel « procède à la vente aux enchères publiques d’un important mobilier, à Biarritz, rue Leroy, dans les salons de l’Hôtel de la Rotonde, d’un important mobilier comprenant : une commode anglaise, une chambre à coucher en loupe d’amboine, une salle à manger en acajou avec incrustations en nacre, fauteuil ‘‘Maurice’’, autres chambres à coucher, salon Louis XIII, studio bibliothèque, argenterie, vaisselle, verrerie, collection de Larousse illustré, revue encyclopédique, revue universelle et dictionnaire Larousse. Quantités d’autres objets. Vente au comptant, 20% en sus pour frais ».

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