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Réveil des fantômes des GAL

Réveil des fantômes des GAL

Publié le 09/04/2011, dans Versant Sud | par D.M
En déclarant qu'il a refusé de décapiter illégalement ETA, Felipe Gonzalez a réveillé les fantômes des GAL.
Les récentes déclarations de l'ex chef du gouvernement socialiste Felipe Gonzalez, lors dune interview accordée au quotidien El Pais, ont jeté le trouble dans le microcosme politique espagnol. L'ancien leader, aujourd'hui âgé de soixante huit ans, a affirmé que s'il avait voulu il aurait pu décapiter ETA à la fin des années 80. Il avait eu vent d'une réunion de tous les chefs de l'organisation, qui se tenait en France. Il connaissait le lieu et l'heure. Il soutient qu'à l'époque toute coopération avec la France était impossible pour arrêter légalement toute la bande. Et que la seule solution consistait à faire sauter le local où se tenait la rencontre...en usant de moyens illégaux. Bien sûr, il n'a jamais donné l'ordre de faire ainsi un nettoyage pour le moins scabreux. Mais il avoue qu'il a hésité, qu'il y a repensé ensuite en voyant les attentats de l'organisation se multiplier. Il y a là un double aveu : un qui est tout bénéfice pour Felipe Gonzalez : il a choisi la voie de de l'humanisme et de la légalité. Et un autre qui l'est un moins : l'idée lui traversé l'esprit, ce qui fait aussitôt resurgir les fantômes du GAL. Or Felipe Gonzalez a toujours crié haut et fort qu'il n'avait rien à voir avec les barbouzes des Groupes antiterroristes de libération, qui ont fait quand même pas mal de morts, notamment du côté français. Ces déclarations ont bien entendu entraîné quelques commentaires. Au PNV, on se montre surtout gêné, on parle de " déclarations malheureuses " (Idoia Mendia, porte parole). Andoni Ortuzar, président du PNV en Vizcaya va plus loin et considère que le fait de se demander si on va donner ou non l'ordre de tuer ternit l'image d'un leader politique en démocratie. Au PP, on fustige mais ans en rajouter. Esteban Gonzalez Pons, conseiller à la communication, se demande si finalement le Gal ne s'approchait pas très près du bureau du président socialiste. Il estime que Felipe Gonzalez devrait aller jusqu'au bout, et donner le nom de la personne qui lui a proposé de décapiter ETA avec des méthodes que la démocratie réprouve fermement. Dans son interview à El Pais Felipe Gonzalez veut également dédouaner de hauts responsables qui furent condamnés pour avoir justement été impliqués par la justice dans les sinistres affaires des GAL. A commencer par le ministre Jose Barrionuevo. " Dans l'affaire de l'enlèvement et de la séquestration de Segundo Marey, c'est Barrionuevo qui a fait libérer la victime, et pas lui qui a ordonné de l'enlever ". En continuant avec le général de la garde civile Enrique Rodriguez Galindo, condamné dans le cadre dans l'affaire Lasa et Zabala, deux réfugiés enlevés à Bayonne en 1983, torturés, abattus et enterrés clandestinement. On devait retrouver leurs restes du côté d'Alicante douze années plus tard. " Galindo était un Monsieur. Je suis sûr qu'il n'a jamais donné l'ordre de tuer ces hommes ". Aujourd'hui retiré du pouvoir, Felipe Gonzalez laisse l'image d'un homme aux idées avancées, européen convaincu. Avocat de profession, il est prompt à défendre ses amis, même s'ils sont dans la plus fâcheuse des positions. Dans le bilan de ses années de gouvernance, on trouve beaucoup de belles choses, l'exposition universelle de Séville, les JO de Barcelone, et un souci constant de pousser l'Espagne dans le sens du progrès. On trouve aussi quelques taches, celle du soupçon à propos des GAL étant la plus grosse. Alors on se demande pourquoi, aujourd'hui, ce paisible retraité a eu l'idée de réveiller les lugubres fantômes des barbouzes qui ont ensanglanté le Pays Basque, nord et sud, pendant des années. On ne saura sans doute jamais si les propositions qu'on lui a faites de désagréger par l'explosif tout l'état major d'ETA étaient sérieuses. Et si elles auraient abouti s'il avait dire oui. Il a eu la sagesse de dire non. Mais en voulant trop prouver son souci de la légalité et son rejet des polices parallèles et autres exécuteurs des hautes œuvres, il finit par installer le doute. Surtout en se faisant l'avocat de Barrionuevo et Galindo. Même si c'est son premier métier...
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